ENTRETIEN. En Guadeloupe, « les personnes âgées sont nos sages »

Comment la Guadeloupe, département dont la population vieillit plus rapidement que dans le reste de la France, se prépare-t-elle à cet avenir? Un psychologue en gériatrie nous a répondu.

Selon l’Insee (Institut national de la statistique), la Guadeloupe est touchée, depuis le début du siècle, par le vieillissement de sa population et l’augmentation du nombre de ses seniors. Le manque de services d’hébergement et d’aides accentue les difficultés rencontrées par cette partie de la population. Ainsi, un tiers des seniors guadeloupéens se déclarent en mauvais ou très mauvais état de santé. Nous avons interrogé, à ce sujet, le psychologue du Centre hospitalier gérontologique des Abymes, Lionel André.

2050, c’est demain ! Le territoire devra veiller à ne pas se faire déborder par cette réalité. Déjà, tous les dispositifs de soins et d’accompagnement à domicile sont un labyrinthe pour les familles. Les établissements comme les Ehpad sont rares, coûtent plus cher que dans l’Hexagone et le niveau de vie de beaucoup de retraités reste faible. Il y a donc tout un système de solutions intermédiaires à imaginer. Et de la formation à proposer pour rendre attractives les professions travaillant au chevet des personnes.

Pourquoi cet attachement au domicile est-il fort ?

Notre rapport à la terre, à la maison, même la plus modeste, est précieux. Un toit, c’est l’histoire d’une vie, d’une intimité, d’un labeur. Je ne sais pas si c’est dû à notre insularité, mais nous ne sommes pas un peuple de nomades. On déménage peu alors une existence se crée souvent autour d’un même terrain, dont la famille cède des
parcelles aux uns et aux autres. Les enfants y naissent, on y cultive son jardin créole, on connaît ses voisins. C’est parfois la maison construite depuis la métropole avant de revenir au pays finir sa vie. Alors, en partir, c’est faire le deuil de soi-même.

La solidarité familiale permet-elle de préserver ce maintien à domicile ?

On n’envisage qu’avec difficulté de « placer » en établissement, comme on dit, les personnes âgées. Les papis et mamies, c’est quelque chose ici. On les respecte beaucoup, ce sont nos sages, écoutés pour ce qu’ils ont à nous transmettre. Leur expérience de vie est sacralisée, comme leur lieu de vie.

La famille, ce sont aussi les voisins, les amis…

La famille, dite élargie, a un vrai rôle. Les figures parentales et d’autorité peuvent être occupées par des proches en dehors de la famille biologique. Le souci, parfois, quand les enfants sont loin, voire fâchés, c’est que reste le principe de l’obligé alimentaire, l’obligation des enfants d’assurer la subsistance de leurs parents. Ceux qui accompagnent les personnes sont alors éloignés des décisions.

En quoi mourir chez soi est aussi une dernière volonté…

La mort se prépare. Exemple, les veillées à domicile du défunt sont une tradition très ancrée, surtout dans une population antillaise encore très croyante. On prépare les prières, la soupe pour les invités, on joue parfois du tambour, au son du gwoka. Les funérailles revêtent une fonction sociale, les obsèques seront réussies s’il y a du monde. D’ailleurs, des patients me disaient au temps du confinement : « Je ne veux pas mourir pendant le Covid, mon enterrement ne ressemblera à rien ! »

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